Berne/Suisse : Le député Juvénal Munubo partage l’expérience de Caritas Goma sur les enfants dans les conflits

Goma, le 3 novembre 2014 (caritasgoma.org) – Invité à la Conférence annuelle du Département fédéral des Affaires étrangères, le député congolais Juvénal Munubo a fait entendre la voix de la République démocratique du Congo (RDC). A travers son expérience à Caritas Goma comme responsable du programme de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) des enfants-soldats de 2005 jusqu’à son élection, en 2011, à l’Assemblée nationale.

Juvénal-Suisse

Environ 600 personnes (des jeunes de Suisse et de l’étranger) ont assisté, le 14 octobre à Berne (la capitale suisse) à la conférence organisée par le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) sur la jeunesse. Où on a estimé à 250.000 enfants, dont 40% de filles, qui font partie de groupes armés à travers le monde.

La conférence a donné la parole à des experts internationaux, dont tels que Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI). Egalement aux hommes politiques, dont Juvénal Munubo, député et membre de la Commission Défense et sécurité à l’Assemblée nationale.

Faisant partie du Panel 1, axé sur “Enfants et jeunes dans les conflits armés : enfants-soldats”, Munubo a exposé sur l’expérience de Caritas Goma, dans l’est de la RDC. “Mon intervention dans ce panel est un témoignage vécu” comme responsable du DDR/Enfants à Caritas Goma, dit-il. “Il est de ce fait un partage d’expérience (…) comme je l’avais fait le 8 novembre 2008 à Rome, sur invitation de Caritas diocésaine de Rome”.

D’emblée, Munubo précise : “Je suis convaincu que le terme Enfant associé aux forces et groupes armés [ce qui est utilisé par les acteurs de la protection de l’enfant en RDC] est plus expressif de la réalité car on ne trouve pas que des jeunes maniant les armes dans les forces et groupes armés qu’on appellerait au sens strict enfants-soldats. Certains enfants y exercent autres corvées comme de garde du corps, de cuisiniers, de gardien de fétiches pour les milices Maï-Maï, de transporteur de bagages, d’esclave sexuelles…”, déclare-t-il.

Hormis les conséquences que le phénomène enfant-soldat engendre dans la société et qui persistent au-delà du cycle de conflit (difficile réinsertion d’un ex-enfant soldat, déscolarisation, traumatisme, infection au VIH/SIDA…), dans son expérience, Munubo a noté un autre drame : “l’impossible retour des filles-soldats dans leurs familles”. Si les garçons sont remis par les chefs de guerre sensibilisés sur les droits de l’enfant, “la séparation de filles de forces et groupes armés reste un défi en RDC”, explique le député. Par exemple, sur les 3.730 enfants que Caritas Goma a réunifiés entre 2004 et 2010, on ne comptait que 70 filles, soit 2%.

Munubo a aussi noté des faiblesses dans le processus DDR/Enfants. Premièrement, le faible financement par l’Etat congolais. “Le gros d’effort est souvent attendu de la communauté internationale”, déclare-t-il. Des faiblesses ont aussi été remarquées sur la non-appropriation de DDR/Enfants par les communautés et le non-respect des accords de paix. Mais la signature d’un accord de paix aussi ne suffit pas pour éradiquer le phénomène enfant-soldat, ajoute-t-il. Il faut, en plus, un réel engagement des seigneurs de guerre, du gouvernement et de la société civile pour “sortir de la captivité ces nombreux enfants enrôlés de façon contraignante dans les groupes armés”.

Une note positive pour Munubo : la condamnation, par la CPI, de Thomas Lubanga, leader de l’Union des patriotes congolais, le 10 juillet 2012 à 14 ans de prison ferme. Ceci “a inspiré la peur aux seigneurs de guerre”. Lubanga a été reconnu coupable d’avoir enrôlé les enfants de moins de 15 ans en 2002-2003 lors de la guerre civile en Ituri, une région du nord-est de la RDC. Incarcéré depuis 2006 à la prison de Scheveningen (Pays-Bas), Lubanga est le premier condamné dans l’histoire de la CPI, dix ans après son existence…

En fait, la Suisse veut lutter contre le phénomène Enfant-soldat. En collaboration avec les organisations partenaires dans les pays où sévissent les conflits armés. L’action de la Suisse porte aussi sur la lutte contre l’impunité. Les coupables doivent être contraints à répondre de leurs actes devant un tribunal. C’est ce que Fatou Bensouda, la procureure de la CPI et Juvénal Munubo, le député congolais, ont évoqué lors de cette conférence.

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