Capacitar : Une approche qui prône le bien-être

Goma, le 2 février 2017 (caritasgoma.org) – C’est une trentaine de survivantes de violences sexuelles et vulnérables qui sont encadrées par Caritas Goma. Au centre de réinsertion socio-économique de la paroisse Notre Dame d’Afrique à Goma, capitale du Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, elles y pratiquent la vannerie, la pâtisserie et la coupe et couture. Une prise en charge qui entre dans une nouvelle approche nommée ABDC. Mais si l’approche consiste à rendre une personne autonome en lui dotant de son propre levier économique, le combat n’est pas terminé pour la plus part d’entre elles. Violentées, elles restent traumatisées. Un traumatisme qui les freine dans la vie de chaque jour…

”Mon enfant a été abandonné par son père”, dixit Léonie

Léonie, 19 ans, se rappelle encore de l’époque où elle vivait chez ses beaux-parents à Butembo, à 305 km de Goma. ‘’Je suis tombée enceinte à l’âge de 14 ans. Ce qui a fait que je sois chassée de la maison. Puis, je suis partie vivre avec la famille de mon petit-ami’’, confie-t-elle d’un air triste. Mais, Je n’étais pas aimée par ma belle-famille. Mes beaux-parents disaient que j’avais détruit la vie de leur garçon. J’ai alors connu le dénigrement. Et, malgré ma grossesse, je travaillais dure à la maison. Une fois, je suis tombée car j’avais le vertige. J’ai failli alors avorter…’’

Léonie a pu quand même donner naissance à un petit joli garçon. Deux mois  après, elle décide de fuir Butembo pour s’installer à Goma. Ici, elle vit avec sa tante – une cinquantenaire – dans un quartier périphérique de la ville. ‘’Je ne voulais plus vivre dans un environnement où je n’étais pas la bienvenue’’,  nous avoue- t-elle au centre de réinsertion -économique ou la jeune femme apprend la coupe et couture. Mais elle est toujours triste. ‘’Vous savez, nous dit-elle, je garde des mauvais souvenirs en moi. Un jour, alors que j’étais encore enceinte, mon petit -ami a été envoyé aux études par ses parents à un endroit que je ne connaissais pas. Depuis, il n’a plus pris contact avec moi,  ni avec son enfant. Je ne sais même pas s’il est en vie! ’’

Comme Léonie, Rose, une jeune fille de 22 ans, nous parle aussi de sa vie avant qu’elle n’intègre le centre de Notre Dame d’Afrique. ‘’Mes frères et moi avions  été abandonnés par nos parents quand nous étions encore gosses, raconte-t-elle avec beaucoup de soucis. J’avais cinq ans quand cela s’est produit’’.

À la séparation de leurs parents, les cinq enfants sont partis vivre chez différents membre de  famille. Rose, âgée à peine de cinq ans, a été reçue chez un cousin cordonnier. ‘’Il ne pouvait pas me scolariser à même temps que ses sept enfants, affirme Rose. Je n’ai donc pas eu la chance de fréquenter l’école. Je me considérais tout simplement  comme une bonne. En tout cas, j’ai vraiment supporté les injustices dans cette famille’’.

”j’ai vraiment supporté les injustices”, dixit Rose

Aujourd’hui, Rose ne sait pas où se trouve ses parents ni ses frères et sœurs. ‘’On m’avait dit que papa s’était remarié. Et, pour maman, je n’ai pas de ses nouvelles. J’aurais peut-être souhaité les savoir morts. Là au moins, j’arrêterai d’espérer qu’un jour, ils reviendront me chercher’’, affirme-t-elle… essayant d’essuyer une larme qui s’échappe de sa joue!

Se voyant abandonnées par ceux sur lesquels elles pouvaient compter, Léonie et Rose se sont tournées vers le centre de Notre Dame d’Afrique en mai 2016. Une coïncidence ! Ici, elles sont accueillies par des conseillères : les personnes qui les accompagnent dans le rétablissement psycho-social et l’apprentissage d’un métier grâce au financement de Caritas Australie. Les deux filles ont opté pour la coupe et couture. Une autre coïncidence !

Mais quand on a été  longtemps traumatisé, il n’est pas facile de tourner la page, affirment les experts. Léonie l’explique d’ailleurs mieux : ‘’La nuit quand je dors, j’ai des insomnies et je sens la colère montée en moi. Je me remémore ma vie d’avant. Tout ce que j’ai subi comme injustices montent dans ma tête et je pleure toute seule dans la nuit. Je n’ai pas de paix intérieure malgré mon apprentissage de la coupe et couture’’.

Se guérir du traumatisme

Mais depuis que Caritas Goma applique l’approche Capacitar dans ses centres de réinsertion socio-économique, ces filles commencent à se sentir mieux. Capacitar, c’est rendre capable ou faire renaitre, en espagnol.  Elle utilise des pratiques simples et anciennes de guérison pour permettre à l’individu qui a connu des traumatismes de demeurer dans la paix intérieure et le bien-être. L’approche permet aussi à ceux qui ont vécu des moments des conflits armés ou à ceux qui vivent dans une grande dépression (stress) de se guérir et de transformer leurs vies.

L’un des exercices proposé par Capacitar est le maintien des doigts pour maitriser les émotions et de soulager la douleur. ‘’Je pratique de temps en temps le maintien de doigt quand je suis déprimée la nuit, nous confie Léonie. Je sers alors très fort l’annulaire. Cet exercice m’aide à oublier que mon enfant a été abandonné par son père. Je ne pleure plus comme avant’’.

En fait, en maintenant le pouce avec l’autre main pendant 2 à 5 minutes, on se soulage du chagrin ou du deuil, l’index pour vaincre la peur, terreur ou panique, le majeur pour maitriser le sentiment de colère ou de rage, l’annulaire pour l’inquiétude ou l’anxiété et l’auriculaire (petit doigt) est utilisé quand l’on souffre d’un manque d’estime de soi, rassure Daniel Mbonekube, chef de projet Capacitar auprès de Caritas Goma.

‘’Je pensais que les exercices étaient une sorte de blagues, affirme pour sa part Rose. Comment je pouvais donc me sentir mieux juste en maintenant un simple doigt ? C’est la question que je me posais. J’ai alors un jour maintenu mon petit doigt. Ensuite, j’’ai inspiré profondément puis expiré. Au bout de 5 minutes, je me suis vraiment sentie bien. J’étais étonnée !’’

Pour Léonie et Rose, les exercices que l’approche Capacitar propose sont un moyen efficace de vaincre leur trauma. Elles ont certes eu une autonomisation socio-économique avec l’apprentissage de la coupe et couture au centre. Mais, il manque quelque chose : le bien-être vers lequel l’approche Capacitar peut les amener…

Cellule de Communication

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