Caritas Goma : l’intégration de la sensibilité aux conflits dans la mise en œuvre des programmes et la consolidation de la paix

Goma, le 29 Novembre 2017 (caritasgoma.org) – Plusieurs normes régissent l’action humanitaire, afin d’assurer un certain standard de qualité et le respect d’une certaine éthique dans la façon dont l’aide est dispensée. Ces normes reprennent différents principes fondamentaux que les humanitaires s’engagent à suivre lorsqu’ils interviennent. Pour être sensible aux conflits, il est important de systématiser un certain nombre d’étapes au cours du cycle de projet.

Quel impact peut avoir le contexte sur le projet ? Quel impact peut avoir le projet sur le contexte ? Comment remodeler le projet de façon à éviter tout impact négatif et augmenter les impacts positifs ? Qu’est-ce qui unit les gens ? Qu’est-ce qui les divise ? Quelle est l’histoire des populations habitant la zone cible du projet? Quelles sont les ressources ? Les besoins ? Les intérêts des communautés ?  Autant des questions qui ont été au centre d’un atelier- formation de 4 jours, soit du 14 au 17 novembre 2017 à Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Le tout, dans une ambiance de grande interaction et des échanges bénéfiques des participants.

Assis sous forme d’une perspective linéaire semi ouverte, la trentaine des agents de Caritas Goma se sont livrés à une série d’exercices de simulation et séance de réflexion collective. Ainsi,  par exemple, trois candidats ont été choisis au hasard pour se soumettre à l’exercice de déchirer un papier en mille morceaux. Le gagnant devrait recoller, à l’aide d’un scotch, les morceaux des petits papiers … Une tâche difficile pour Yvette Ingabire, Guillaume Lubanga et Yvonne Mbabaze, les 3 volontaires, qui n’ont pas hésité à se livrer au jeu. L’exercice de recollage a pris plus de 10 minutes. On pouvait facilement voir Yvette, tenter de recoller difficilement les morceaux de papier aussi rapidement que Guillaume et Yvonne. Un moment qui a provoqué une attention de la salle. La leçon  tirée: ‘’Il est facile d’entrer en conflit avec quelqu’un ou la communauté, mais toujours difficile de réparer les dégâts’’, a lancé Bienfait Muhigirwa, le formateur.

Au fait, en reconnaissance de ce délicat équilibre que l’aide humanitaire doit maitriser en situation de conflits, il est important d’analyser continuellement l’évolution du projet sur le terrain et de prendre en compte les réactions des populations locales tout autant que des forces en présence. Le but étant de comprendre les tensions évidentes, mais aussi les conflits latents qui prennent racine dans les tensions cachées et les formes de domination masquées.

’’Même si l’aide n’est pas toujours à même de contribuer à un changement structurel du contexte des conflits, elle devrait tout de même être sensible aux conflits pour éviter d’avoir un impact négatif de par ses propres interventions. L’expérience montre que bien qu’elle soulage la souffrance et sauve des vies, l’aide humanitaire contribue souvent à la poursuite ou même à l’aggravation du conflit qui l’a rendu nécessaire en premier lieu, a insisté Bienfait. Et pourtant, prendre la résolution de ne pas fournir de l’aide, ce serait cynique voire moralement intenable’’.

D’où, la sensibilité au conflit étant une attitude et une façon de travailler transversalement, doit se vivre et s’appliquer dans toute la durée d’un projet, et non pas seulement lors de la phase de conception. Pour ce faire, les éléments qui divisent doivent être traités pour affaiblir les tensions alors que les éléments qui connectent doivent être utilisés comme appui par les projets d’intervention. Ces éléments de connexion sont alors des ‘’capacités locales pour la paix’’. Sachant que, chaque crise est multiforme dans sa zone d’intervention et chaque crise a ses spécifications, il faut faire une analyse spécifique de chaque crise afin que la réponse humanitaire soit appropriée et au besoin réajustée. D’où une approche qui se nomme Do no Harm (Ne pas Nuire, en Français), qui permet d’identifier et de pallier aux conséquences négatives involontaires des actions humanitaires pouvant avoir d’impacts positifs ou négatifs.

Aux intervenants, cette formation a donné les clés pour être plus conscients des effets qui aggravent et abrègent, les conflits existant au sein des communautés que l’on cherche à aider.

’’L’arbre à conflits m’a aidé à circonscrire les conflits dans sa globalité et analyser avec perspicacité tous les détails. Les racines étant les causes, la tige considérée comme le pilier du conflit et qui peut être direct ou indirect, visible et invisible et enfin les feuillages comme conséquence du conflit’’, a déclaré Jean -Marie Vianney Kanamugire, l’un de participant.

Cette formation s’inscrit dans le cadre du projet Shifthing the power, un projet qui consiste à renforcer les capacités des Ongs locales pour mieux répondre aux urgences.

Lydie Waridi Kone

Cellule de Communication

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