Ces personnes vivant avec le VIH qui ont dévié une rivière

Goma, le 24 novembre 2014 (caritasgoma.org) – L’occasion leur a été donnée par Caritas Goma pour dévier une rivière à Rubare, cité située à 60 km au nord de Goma, capitale du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Objectif : déplacer cette rivière de son lit pour y construire quatre étangs de 2.500 m² chacun. Une opération qui n’a connu aucune opposition de la part des écologistes, ni des communautés locales.

PVV-Rubare

A 500 mètres derrière une route caillouteuse à souhait, des Personnes vivant avec le VIH (PVV) défrichent un terrain traversé par une rivière. Nous sommes à Rubare, une cité connue pour sa prévalence du sida. Jules Mugabo, membre d’une association de PVV soutenue par Caritas Goma, arbore un T-shirt estampillé “Zéro nouvelle infection, zéro décès, zéro stigmatisation”. Les messages sur d’autres T-shirts sont du même tonneau : “Stop au VIH”, “Je connais mon état sérologique, et toi ?” “Le dépistage volontaire est un signe d’amour”.

Le travail de Mugabo dans la lutte contre la stigmatisation des PVV est plus complexe que le simple slogan le laisse supposer. “Zéro nouvelle infection, zéro décès, zéro stigmatisation”, ce n’est pas lui qui l’a inventé. Il s’agit d’un message du Programme commun de l’ONU sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) repris par tous les pays à travers le monde, par les ONG qui œuvrent dans la lutte contre le sida et par les confessions religieuses.

“Mais notre condition de vie est catastrophique à cause de la stigmatisation, au-delà de l’accès aux soins. Cette stigmatisation a principalement pour source la dépendance socio-économique d’une PVV auprès d’un tiers. Mais avec ce projet, une lueur d’envie brille dans mon cœur”, affirme Mugabo.

Cette lueur d’envie : Caritas Goma tente d’atténuer l’impact du VIH sur 600 PVV, en essayant de les rendre autonomes dans leur prise en charge socio-économique. Financé par Caritas Australie, le projet s’inscrit dans une nouvelle approche “ABCD” (Développement communautaire reposant sur l’actif). Il s’agit d’analyser les ressources d’une communauté pour lui proposer des programmes afin d’éliminer toute dépendance à des ressources extérieures.

Les ressources identifiées à Rubare : c’est intégrer la pisciculture aux pratiques culturales. “La pisciculture intégrée, explique James Mwemedi, agronome au programme de lutte contre le sida à Caritas Goma, est intéressante pour les petits agriculteurs qui cherchent à accroitre leur production alimentaire et leurs revenus”.

L’activité aquacole est très rentable si elle est associée à l’élevage du petit bétail et à la culture maraîchère. Car, par exemple, le fumier de bétail et de volaille est un bon engrais organique pour la pisciculture. “Le paysan qui construit une basse-cour des poules et des canards sur pilotis dans un étang n’aura pas du mal à nourrir ses poissons. Les feintes de ces volailles, une fois transformées, serviront d’aliments”, ajoute-t-il. Ces activités génératrices de revenus vont assurer un avenir meilleur pour la prise en charge des malades du sida.

Malheureusement, cette technique n’est pas assez appliquée auprès des paysans en RDC, déplore Mwemedi. Mais avec le projet de Rubare, Caritas Goma attend voir l’aquaculture faire partie du système agricole dans ce pays d’Afrique centrale. En étant pratiquée soit comme une occupation primaire, soit comme une activité secondaire ou connexe, selon l’étendue et la nature des ressources disponibles en terre et en eaux.

En effet, ce projet, financé par Caritas Australie, sera exécuté pendant trois ans : de juillet 2014 à juin 2017. Pour la première année, seules 200 personnes seront concernées. Les 400 autres bénéficieront des activités du projet en raison de 200 par an.

“Quand on parle du sida ici chez nous, on fait directement allusion à la vulnérabilité. Mais avec ce projet, qui nous permet de déplacer une rivière de son lit, nous passons d’une situation de vulnérabilité à celle des acteurs de développement”, se félicite Solange, membre d’une autre association des PVV soutenue Caritas Goma.

Mais “à l’heure actuelle, nous bénéficions d’autres activités génératrices de revenus [petit commerce, élevage du petit bétail et de la volaille, agriculture, coupe-couture…] que Caritas a mises à notre disposition”, ajoute Mugabo. Des activités génératrices de revenus qui rentrent dans le cadre de l’approche “ABCD”.

Quelques données chiffrées sur la RDC, selon le gouvernement

– Superficie : 2.345.000 km² ;
– Population : 70 millions d’habitants ;
– Artisans pêcheurs : 400.000 personnes ;
– Terres arables : 120 millions d’hectares (dont 4 millions irrigables) ;
– Terres arables exploitées : 10% sur les 120 millions d’hectares ;
– Potentiel halieutique : 700.000 tonnes ;
– Potentiel de gros bétail à élever : 40 millions de têtes.

Cellule de Communication

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