Des ex-enfants soldats traumatisés après avoir tué des gens

Goma, le 24 novembre 2014 (caritasgoma.org) – Des ex-enfants soldats se disent traumatisés après avoir combattu et tué des combattants, d’autres enfants-soldats des camps ennemis ou des pauvres civils lorsqu’ils étaient dans les forces et groupes armés.

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Patrick, âgé actuellement de 15 ans, était assis avec son père, un mardi de novembre 2011 vers 19 heures, devant la case familiale à Lukweti, au Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), quand les combattants d’une milice sont arrivés. Ils amènent son père dans la case. Quelques minutes après, Patrick entend les coups de balles. Se précipitant à l’intérieur, il voit le corps de son père gisant au sol.

Le reste se passa vite en quelques minutes. Les miliciens ont mis le feu sur cette vétuste et misérable case familiale et commencé à tirer sur tout celui qui voulait s’en approcher pour voir la situation. Effrayé, l’enfant fuit [sans nouvelles de ses sœurs], ne pouvant plus contenir la folie meurtrière qui se déroulait sous ses yeux.

Patrick [dont la mère était morte le jour de sa naissance] décide alors de quitter Lukweti pour Goma, capitale du Nord-Kivu. Soit une distance de 135 km parcourue à pied ou à bord d’un camion de transport de marchandises.
“A Goma, je travaillais comme domestique dans une famille qui m’avait ‘lâché’ puisqu’elle n’avait plus rien à me payer. C’est par maque d’occupation que j’ai décidé donc de rejoindre un groupe armé”, affirme-t-il.

Cela fait maintenant deux mois depuis que Patrick a été reçu au Centre de transit et d’orientation pour ex-enfants soldats (CTO) de Masisi, à 60 km de Lukweti. Vivant encore dans le traumatisme de la guerre, Patrick est craintif et traîne un sentiment de culpabilité à cause des actes qu’il a commis. L’arme à la main et drogué, cet enfant a, dès ses premiers jours dans le groupe armé, à 13 ans, aussi appris à tuer des combattants et d’autres enfants-soldats des camps ennemis que des civils pour “venger la mort de son père”, dit-il.

Comme Patrick, d’autres cas de traumatisme sont également observés parmi les 133 ex-enfants soldats qui sont dans les cinq CTO administrés par Caritas Goma. Des histoires abondent dans ces CTO, qui narrent des cas similaires d’attaques pendant lesquels les enfants ont impuissamment assisté à l’incendie de leur village, aux viols de leurs mères et sœurs et à l’assassinat de leurs pères. C’est ce qui a poussé les uns au maquis.

Mais très peu d’enfants s’engagent “volontairement dans les forces et groupes armés, même contraints par le contexte social, économique ou sécuritaire”, affirme Pascal Bashume, psychologue à Caritas Goma pour le programme de Désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-enfants soldats. Reconnaissants quelques particularités qui poussent les enfants à aller au maquis, Bashume ajoute que “le recrutement forcé est le mode le plus courant, se faisant par des enlèvements dans des lieux de rassemblement de la population”.

“Avec leur jeune âge, les enfants étaient formés à tuer sans pitié, en obéissant qu’aux ordres du chef et agissant aussi sans peur. Ces chefs de guerre leur ont fait subir, sans peine, un véritable lavage de cerveau. C’est pourquoi ils présentent des troubles psychologiques dus à la torture et à tout leur vécu dans le maquis”, dit-il.

Pour le bien-être des ex-enfants soldats manifestant des traumatismes suite aux scènes d’horreur lors de leur passage dans les milices, Caritas Goma a mis, depuis 2009, un centre d’accompagnement psychosocial à Nyahanga, à 50 km au nord de Goma. Le centre vise le rétablissement de la santé individuelle de ces enfants.

Cellule de Communication

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