Edito : Compter chaque enfant parce que chaque enfant compte

Goma, le 04 juillet 2017 (caritasgoma.org) – Que faire pour venir en aide à ces milliers d’enfants congolais qui existent physiquement, mais pas légalement ? A ces milliers d’enfants congolais qui font le nombre, sans être du nombre ? A ces milliers d’enfants congolais “fantômes” ou “invisibles”, étrangers dans leur propre pays ?

Lorsqu’on rencontre quelqu’un pour la première fois, on ne lui demande jamais “Existes-tu ?” mais plutôt “Qui es-tu ?”. La réponse attendue est un prénom, un nom, une nationalité, un âge et une filiation. Laurent Dejoie et Abdoulaye Harissou affirment dans leur livre Les enfants fantômes que c’est par tous ces éléments que nous définissons qui nous sommes. Cette réflexion illustre le lien indissoluble entre l’identité et l’existence. La première étant l’affirmation de la seconde.

Mais, selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance, un enfant – de moins de cinq ans – sur trois, dans le monde, n’est pas déclaré à l’état civil. En Afrique subsaharienne, c’est un peu plus d’un enfant sur deux qui n’est pas déclaré. En République démocratique du Congo (RDC), la deuxième enquête démographique et de santé dans ce pays [EDS-RDC II 2013/2014] indique que c’est trois enfants sur quatre qui ne sont pas déclarés.

En RDC, l’enregistrement à l’état civil se fait gratuitement pendant 90 jours qui suivent la naissance. Mais pourquoi les parents ne témoignent pas suffisamment d’intérêt à l’enregistrement des naissances de leurs enfants ? Plusieurs facteurs expliquent ce faible taux des déclarations des naissances. Il y a d’abord la méconnaissance par les parents de l’importance de l’état civil dans la vie d’un individu. Il y a ensuite l’ignorance des parents qui, de bonne foi, ne se contentent que des fiches de naissance délivrées par la maternité. Il y a en outre la peur des amendes encourues par les parents une fois dépassée le délai de 90 jours pour déclarer un nouveau-né. Il y a enfin la difficulté d’accès aux services de l’état civil. Le pays ne dispose que de 1.200 principaux bureaux d’état civil pour 2.345.000 km². Soit 1 bureau pour 1.950 km², ajoute l’enquête.

Or, avec la colonisation, nous avons basculé de la civilisation traditionnelle à la civilisation moderne. Nous avons alors tacitement opté pour certaines valeurs,  notamment la déclaration des naissances à l’état civil. Mais l’importance de celle-ci n’est pas toujours bien perçue par tout le monde. Si les citadins ne sont pas confrontés à ce problème, la question est posée avec acuité dans des milieux ruraux, qui forment l’essentiel de la société congolaise. Ici, les enfants “fantômes” ou “invisibles”, démunis d’acte de naissance, représentent une frange non négligeable de la société. Ils naissent, grandissent et meurent dans l’anonymat total…

Je vous invite donc à lire l’article ci-dessous sur nos activités à Walikale sur l’enregistrement des enfants à la naissance.

Abbé Oswald Musoni

Directeur Caritas Goma

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