EDITORIAL : Une bataille que nous ne pouvons pas perdre !

Goma, le 15 août 2017 (caritasgoma.org) – Avec le massacre de Buleusa, au nord du territoire de Walikale, suivi de celui de Miriki, au sud du territoire de Lubero, depuis novembre 2015, le Nord-Kivu – cette province de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) – épicentre des conflits ethniques et base de nombreuses rébellions, s’est remis à bruler avec une ferveur implacable ! Et la tension ne faiblit pas parce qu’on blâme toujours les autres. A l’origine de chaque tuerie ciblée, la découverte d’un corps sans vie d’une personne appartenant à la communauté X supposée avoir été victime d’actes de violences attribués aux membres de la communauté Y.

Mgr Théophile Kaboy, évêque de Goma, lors des JDJ 2016

Ces affrontements interethniques, qui sèment mort et désolation, font du Nord-Kivu un fournisseur important des déplacés. La province n’en compte pas moins de 863.000 déplacés (mai 2017), selon un rapport du Bureau de coordination des Affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Plus de 80% de ces déplacements ont eu lieu dans le territoire de Rutshuru. Et les vagues massives de ces mouvements de population ont aggravé les difficultés de cohabitation pacifique auxquelles nous avons tenté d’apporter des solutions.

Premières victimes de ces conflits : les jeunes. Les guerres et tout autre conflit affectent sérieusement leur santé mentale. Imaginez ce que cela laisse dans la tête d’un jeune qui assiste à l’assassinat lâche de ses parents ! Imaginez ce que cela laisse dans l’esprit d’un jeune qui assiste impuissamment au viol de sa mère !

Les conflits, l’insécurité et la faiblesse des mécanismes de protection ont contribué à rendre plus difficile la vie aux jeunes qui se retrouvaient déjà avant au bas de l’échelle. Non seulement qu’ils les ont chassés loin de leurs champs et de leurs villages, mais aussi combien de jeunes en situation de précarité et déstabilisés misérablement massés dans des camps de déplacés. Que d’orphelins, que de filles violées, que d’enfants malnutris, que d’élèves contraints d’abandonner l’école, que d’adolescents utilisés dans des groupes armés…

Manipulés et utilisés par ceux qui ne voient l’ascension sociale qu’à travers la violence juvénile, les jeunes deviennent les acteurs des conflits. Il ne passe pas une semaine sans qu’on annonce une attaque perpétrée par un groupe de jeunes contre les populations civiles pour installer la terreur dans leur village. Sans qu’on annonce un assassinat ignoble pour créer l’indignation. Sans qu’on annonce un kidnapping pour demander la rançon.

Face aux jeunes à qui on fait miroiter des gains mirages, nous sommes déterminés à mener une bataille que nous ne pouvons pas perdre. Parler aux jeunes, à travers l’aumônerie diocésaine des jeunes et la Commission diocésaine Justice et Paix, constitue la bataille dans laquelle nous intervenons pour que des zones déchirées par des conflits ethniques retrouvent de nouveaux points de repères et un nouvel équilibre dans la société. L’engagement inconditionnel de l’Eglise contribue à chercher des pistes de solutions, comme je l’ai démontré dans ma Lettre pastorale du 24 août 2013 relative à la guerre dans l’Est du pays. Une Lettre à travers laquelle j’avais exprimé ma consternation, vu la cohorte de malheurs que les conflits armés avaient déclenchée.

Mais sachant que rien ne peut remplacer une forte volonté politique pour séparer les jeunes de la violence, nous nous efforçons de collaborer avec les autorités locales et les leaders communautaires sur la gestion des conflits.

Nous confions ce pays à Dieu, Maître de l’histoire, avec l’appui de la Vierge Marie, étoile du matin et consolatrice des affligés.

Mgr Théophile Kaboy

Evêque de Goma

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