Face à une violence devenue la culture, l’Evêque parle

Goma, le 15 août 2017 (caritasgoma.org) – Le Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), est une province où les initiatives de paix se succèdent au même rythme que l’émergence de nouveaux foyers de tension. En toile de fond : des revendications identitaires. Premières victimes, et principaux acteurs des conflits : les jeunes. Une situation dont les protagonistes – qui instrumentalisent les jeunes – semblent bien s’y accommoder. 

Situé au nord-ouest du lac Kivu [le plus haut d’Afrique, à 1.460 m], dont les rives très morcelées formant d’innombrables bais et petits cirques qui fascinent le voyageur, le Nord-Kivu est une province où les sites touristiques foisonnent. Le parc national des Virunga – son site emblématique – est le premier parc national créé sur le continent africain, en 1925. Le parc compte plus de la moitié des mammifères connus de la RDC (210 sur 415), dont 21 sont endémiques au rift albertin, note l’Unesco. Il abrite également les deux tiers des espèces d’oiseaux du pays (706 sur 1.094), dont 25 sont endémique. Le parc héberge, sur ses volcans, la moitié des 700 gorilles des montagnes [l’unique population mondiale] repartis entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda.

Mais derrière ce tableau idyllique, la province qui jouit d’un climat tempéré par son altitude et par son voisinage avec le lac Kivu devient un incubateur où la violence est la culture auprès des jeunes. Au centre de tous les conflits : la question identitaire, le mal qui ronge la province. Observant un traité non écrit, tout acte doit se faire à travers le prisme “Grand-Nord” [la partie nord de la province] et “Petit-Nord” [sa partie sud].

Mais Mgr Théophile Kaboy ne lésine pas sur les moyens. L’Evêque de Goma voit en JDJ une occasion de s’adresser aux jeunes. “La pénible expérience de conflits que nous connaissons depuis deux décennies implique la jeunesse qu’on trompe en faisant miroiter des intérêts mirages. Ces enfants-soldats et ces miliciens sont nos jeunes. Ne pas leur donner un message, c’est préparer un naufrage pour la société”, affirme-t-il.

A travers les aumôneries des jeunes dans chaque paroisse, Mgr Kaboy mobilise les jeunes – sans distinction d’ethnie ni de religion – ainsi que leurs parents, juste pour les pousser vers une cohabitation pacifique. Ce, dans une région où la suspicion et la méfiance ethniques rivalisent toujours. “Le premier ennemi à abattre, ajoute l’Evêque, s’appelle le tribalisme. Avec les JDJ, nous insistons sur la fraternité pour bâtir notre société. C’est la raison pour laquelle quand les jeunes arrivent – qu’ils viennent de je ne sais où – le beau geste, le bon accueil des habitants de Goma : ils ne demandent pas de quelle ethnie on est, d’où l’on vient. On reçoit un jeune parce qu’il est une créature de Dieu. C’est un signal fort pour la cohabitation pacifique. Je pense que c’est une bonne leçon que les JDJ nous donnent pour essayer de vivre dans la cohabitation pacifique”.

Les JDJ connaissent un engouement pour les jeunes. Alors que celles de 2016, organisées à Goma, ont réuni dix mille jeunes autour de l’évêque, les JDJ de 2017, organisées dans la même ville, ont réuni trente mille.

“Nous y mettons du soin à telle sorte que nous puissions créer de l’étonnement. Et dans ce climat d’étonnement, les jeunes gens arrivent avec la soif, avec la faim. Et chaque année, nous constatons que les messages des années précédentes font comme une propagande auprès des jeunes. Le mot JDJ devient presque un terme catalyseur. JDJ, ça rappelle de bonnes choses qu’on a vécu ensemble”, se félicite l’Evêque.


Encadré : Quand le chômage pousse les jeunes à la violence

Selon la Banque mondiale, la RDC devrait créer 2 à 4 millions d’emplois chaque année pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail et réduire la pauvreté. Car un rapport de la Banque africaine de développement affirme que le chômage pousse de nombreux jeunes vers la délinquance.

C’est le constant que Francine Muyumba, présidente de la Jeunesse panafricaine, a fait lors des JDJ 2017 à Goma. venue spécialement de Kinshasa (capitale de la RDC) pour participer à ces JDJ, la dame a focalisé son speech sur la promotion de l’entreprenariat. Pour elle, si les jeunes de l’Est rejoignent les groupes armés, c’est par qu’ils sont dans le chômage. Sur ce, elle les appelle à développer l’esprit d’entreprenariat. Une tâche que Muyumba assigne tout d’abord au gouvernement. “En créant des emplois pour les jeunes, cela leur permettrait de se désolidariser d’avec les groupes armés ou de dire non à leurs appels”, a-t-elle affirmé.

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Cellule de Communication

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