Justice et Paix

Séparer les enfants des forces combattantes

Les actions de Caritas Goma dans la réinsertion des ex-enfants soldats se font toujours dans une approche communautaire pour promouvoir la réconciliation et par là, éviter donc la discrimination. C’est la raison pour laquelle elles demandent du temps et un engagement.

Démobiliser un enfant, le sortir d’un groupe armé, c’est la première phase du programme. Il consiste à se rendre auprès des commandants des troupes pour sortir les mineurs de leurs rangs. Sur ce, Caritas Goma organise des campagnes de sensibilisation auprès des autorités militaires (loyalistes et rebelles) ainsi que des actions de lobbyings auprès des autorités politiques.

Désarmer un enfant, le séparer de son arme, c’est la deuxième phase du programme. Ce moment est pour lui, plus que celui de la démobilisation, le vrai retour à la vie civile (normale). Car, lorsque les adultes échouent à leur rôle de protéger l’enfant et que celui-ci se retrouve à, non plus jouer à la guerre mais à la faire, l’arme devient donc ses vrais parents. Le désarmer, c’est prendre son arme pour lui réapprendre à avoir de nouveau foi dans les normes de la société.

Pour le désarmement des enfants-soldats, Caritas Goma bénéficie de l’expertise des FARDC qui lui apportent des enfants associés aux forces déjà désarmés. Caritas Goma bénéficie aussi de l’expertise de la Mission de l’ONU pour désarmer les enfants associés aux groupes armés.

Réinsérer un enfant, le réunifier avec sa famille, c’est la troisième phase du programme. Et c’est la phase la plus longue et la plus difficile du programme. Après les deux premières phases, les enfants sont conduits dans un centre où ils sont encadrés par des professionnels de l’enfance.

Démobiliser les adultes

Mettre en place des projets de réinsertion socio-économique des ex-combattants et dans leurs communautés d’accueil, c’est l’étape ultime du processus de DDR prôné par Caritas Goma.

Les démob, ces anciens militaires ou rebelles démobilisés ou blessés de guerre laissés pour compte, sont en général furieux. Pour survivre, ils ne trouvent rien de plus simple que de racketter les restaurants et les populations civiles qu’ils estiment avoir une dette morale envers eux.

Pour lutter contre ce phénomène, Caritas Goma exécute, depuis 2010, un projet pour réinsérer les ex-combattants dans la vie civile. Il consister à les sensibiliser avec les membres de leurs communautés d’accueil afin d’identifier les opportunités d’emplois viables dans leurs zones d’installation.

Chaque ex-combattant bénéficie d’un kit de réinsertion pour s’adonner à une activité génératrice de revenus (AGR). Celle-ci est consécutive aux principales filières relevées lors de l’enquête socioéconomique menée sur le terrain par Caritas Goma avant de lancer le projet. Il s’agit de : petit commerce, menuiserie, maçonnerie, boucherie, moulin, cinéma, plomberie, mécanique, briqueterie, électronique, restaurant/cafétéria, élevage, agriculture, scierie, taxi-moto…

L’approche utilisée par Caritas pour insérer, sur critère de vulnérabilité, les habitants d’un village d’accueil dans le projet permet la cohabitation pacifique entre les ex-combattants et la communauté.

Ces vulnérables : des veuves, des vieillards, des familles dont un orphelin est responsable de ses frères et sœurs ou celles qui les reçoivent, des personnes vivant avec le VIH, des femmes violées.

Femmes violées

Selon une étude de ‘The American Journal of Public Health’, les femmes violées étaient (en 2011) plus de 400.000 en RDC, un pays qui compte quelque 73 millions d’habitants (en 2013). Expliquant que la majorité des viols ne sont jamais déclarés, l’étude démontre que leur nombre a fortement augmenté pour atteindre 1.152 viols par jour, soit 48 viols par heure.

Mais dans l’est du pays, le sexe de la femme y est plutôt utilisé comme arme de guerre par des miliciens congolais, des rebelles rwandais des FDLR, même par des policiers et militaires loyalistes. La région est dévastée par une nouvelle guerre, qui se déroule dans un champ de bataille inédit : le ventre des femmes. Celles-ci sont enlevées, battues, violées, mutilées, puis rejetées.

Margot Wallström, l’envoyée spéciale de l’ONU pour les violences faites aux femmes et aux enfants dans les conflits, avait (en 2010) proclamé la RDC “la capitale mondiale du viol”, quelques jours après les viols, pendant trois jours, de 400 femmes dans trois villages de Walikale.

“Si les femmes continuent de subir des violences sexuelles, ce n’est pas parce que la loi n’est pas en mesure de les protéger, mais parce qu’elle est insuffisamment appliquée”, a-t-elle déclaré.

Depuis la mise en place, en 2005, de son programme de prévention contre les violences sexuelles, Caritas Goma lutte pour que la vie préservée de ces femmes soit une chance. Et non une souffrance.

Conflits fonciers

L’ethnisme et la divergence des valeurs sont les principales causes de division dans le diocèse de Goma. Cette division tire ses racines dans les relations du pouvoir historique entre les communautés de la région et, est surtout aggravée par la question d’accès à la terre.

En RDC, la loi foncière prévoit la cohabitation de deux systèmes, l’un basé sur les pratiques ancestrales, l’autre sur des principes juridiques. D’une part, le chef coutumier est le garant des terres communautaires, qu’il a le pouvoir de les redistribuer aux populations. D’autre part, l’autorité administrative a tous les pouvoirs pour confisquer le sol et le sous-sol, propretés de l’Etat.

C’est de cette ambigüité de la loi que naissent des tensions sociales entre les individus et les communautés qui partagent le même espace. Sur ce, Caritas Goma a opté pour la paix par la population elle-même. Il s’agit d’informer et de former celle-ci – composée d’une minorité de riches propriétaires terriens, d’un groupe de puissants éleveurs et d’une grande majorité formée de paysans pauvres – à promouvoir la paix grâce à la connaissance des textes des lois.

Masisi, une région verdoyante et vallonnée à l’ouest de Goma (Nord-Kivu), est l’épicentre de ces conflits. Avec ses pâturages vierges à perte de vue où les vaches broutent paisiblement, cette région époustouflante, entrecoupée des lacs avec des superbes et luxueuses fermes délimitées par des eucalyptus, est ce que le colon belge appelait déjà… la “Petite Suisse” congolaise.

C’est ainsi que Caritas Goma intervient dans les conciliations. Ces actions pour le règlement des conflits à l’amiable auprès des protagonistes ont, non seulement abouti à des conciliations sans frais, mais ont surtout évité aux parties concernées une procédure judiciaire longue et onéreuse.

Paix et réconciliation

Le programme Paix et Réconciliation organise des conférences-débats et des journées culturelles pour promouvoir la culture de la paix, la tolérance et la citoyenneté responsable.

Il est d’abord réalisé dans le diocèse de Goma. Caritas Goma organise des rencontres qui mettent au tour d’une table les femmes, les jeunes, les artistes, et autres couches sociales pour parler paix. Le programme tient aussi des rencontres à Goma réunissant Rwandais et Congolais ou à Gisenyi (en collaboration avec la Commission diocésaine Justice et Paix de Nyundo, au Rwanda, pour faciliter le dialogue entre les jeunes, les femmes et les artistes de deux pays.

Cadres apolitiques

Puisque les élections de 2006 n’ont pas été une panacée sur tous les problèmes, Caritas a tenté une nouvelle expérience : des Comités locaux pour la gouvernance participative (CLGP).

Faisant partie des consultations participatives sur la pauvreté en RDC, l’Eglise avait conçu, en 2006, un projet de responsabilisation des communautés locales. Le diocèse de Goma a vu sa mise en œuvre en 2007 avec le renforcement des capacités des animateurs de ces structures de base.

Pour Caritas Goma, l’enseignement social consiste à confronter la lecture des Saintes Ecritures aux questions de développement, aux questions de gestion des conflits, etc. C’est la raison pour laquelle Caritas Goma a tenté de réfléchir sur le vécu quotidien des populations du diocèse. Sa façon aussi d’apporter la pierre dans la vaste campagne de réduction de la pauvreté.

En demandant aux populations du diocèse de s’acquitter de leurs devoirs civiques en payant les impôts, “le pouvoir doit servir le peuple et non pas l’asservir” a été le fil conducteur de tous les ateliers que Caritas Goma a organisés à l’intention des leaders de la société civile de sa juridiction.

Gouvernance participative

Caritas Goma place la communauté au centre de la décentralisation et de la bonne gouvernance. Son programme Action pour la bonne gouvernance (ABG), met un accent particulier sur le rapprochement entre les structures citoyennes et les autorités politico-administratives.

Dans le but de préparer la population aux élections dans un climat apaisé, les animateurs Justice et Paix ont d’abord suivi une éducation civique et électorale à Goma et à l’intérieur de la province avant donc d’observer les élections présidentielle et législatives de 2006 et de 2011.

En plus, le programme ABG a mis régulièrement Caritas Goma en contact avec les Commissions diocésaines Justice et Paix de l’est de la RDC, du Rwanda et du Burundi pour que les délégués de ces pays des Grands Lacs échangent les expériences sur la gestion des ressources humaines, sur la lutte contre la corruption, le suivi citoyen de taxes, les questions foncières…

 

 

 

 

 

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