Les enfants-soldats en RDC au centre de deux homélies en Allemagne

Goma, le 2 décembre 2014 (caritasgoma.org) – Quelque 6.320 km, à vol d’oiseau, séparent Berlin de Kinshasa. Une distance qui n’a pas empêché Caritas Allemagne d’organiser sa campagne “Très loin est plus proche que tu ne le penses” pour des enfants-soldats victimes de la barbarie humaine dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

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Une centaine de fidèles, dont deux venus de Goma, une ville de l’est de la RDC, ont prié, le 13 novembre dernier, pour les enfants-soldats qui sont utilisés par les groupes armés de ce pays d’Afrique centrale. La première messe a été célébrée dans une chapelle de la Maison Saint-Raphaël pour enfants, à Mannheim, dans le sud-ouest de l’Allemagne. Tandis qu’une autre messe a eu lieu en région d’Eifel, dans l’ouest du pays.

Jean Marie Vianney Kanamugire est responsable du programme de Désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-enfants soldats (DDR/Enfants) à Caritas Goma. Tandis qu’Emmanuel Gahima est responsable du Centre de transit et d’orientation pour ex-enfants soldats (CTO) de Nyanzale à Caritas Goma. Ils ont été invités en Allemagne pour participer à la campagne “Très loin est plus proche que tu ne le penses”.

A la Maison Saint-Raphaël pour enfants, l’officiant a célébré la messe sur fond d’une grande peinture représentant Saint Martin de Tour, avec des pancartes portés par des enfants allemands pour la paix en RDC. Alors que la messe était arrosée par la fête de Saint Martin [célébrée normalement le 11 novembre de chaque année], au cours d’une liturgie en allemand, l’officiant a livré une homélie centrée, non seulement sur les droits de l’enfant, mais aussi et surtout sur le retour de la paix dans les collines et vallées de l’est de la RDC.

“Le minerai du sang”

C’est au cours de cette messe, comme pour celle de la région d’Eifel, que Kanamugire et Gahima ont parlé de la situation catastrophique des enfants-soldats en RDC. Avec des chiffres et photos à l’appui. Les enfants sont utilisés par des groupes armés qui se battent principalement pour le contrôle des carrées miniers. “Environ 80% du coltan dans le monde est produit en RDC”, affirme Kanamugire. Un minerai indispensable à la fabrication de composantes électroniques, comme condensateurs et filtres à onde de surface, utilisés en particulier dans les téléphones mobiles. Selon une étude, le secteur de l’électronique monopolise 60 à 80 % du marché de coltan dans le monde.

Le coltan est au cœur de la guerre dans l’est de la RDC, l’un des conflits les plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale avec plus de 5 millions de morts. Un rapport de l’ONU en 2001 dénonçait déjà les grandes quantités de ce minerai illégalement extraites du sol congolais et transportées en contrebande. Une contrebande organisée en accord avec les entrepreneurs occidentaux, les autorités de la RDC et de ses voisins. C’est cette exploitation illégale qui encourage le maintien de groupes armés qui utilisent les enfants.

En effet, le débat sur la crise dans l’est de la RDC se concentre sur le lien entre les conflits armés et les minerais. Selon une analyse de Pole Institute, un institut interculturel de la région des Grands Lacs, basée à Goma, capitale du Nord-Kivu, la seconde guerre du Congo (1998-2003) a été largement financée par le détournement des ressources minières. Cette analyse lie aussi l’exploitation minière aux violences sexuelles. Encore, l’utilisation des téléphones mobiles [qui contiennent des minerais congolais] ravitaille la guerre.

Ainsi, rendre plus humain le visage de la mondialisation a été au centre de la campagne de Caritas Allemagne. En fait, Caritas Allemagne finance les activités du programme DDR/Enfants de Caritas Goma depuis sa création en 2004. Pour les contribuables allemands, par la mondialisation, d’ores et déjà nous sommes des “voisins globaux”. Comme l’a dit le pape François : “Quand les enfants sont accueillis, aimés, défendus et protégés dans leurs droits, la famille est saine, la société est meilleure, le monde est plus humain”.

Le message de la campagne

La campagne a eu plusieurs thèmes en rapport avec la mondialisation. Changement climatique, migration du travail, comportement des consommateurs… C’est ce dernier qui a été au centre de la présence du staff DDR/Enfants de Caritas Goma pour sensibiliser les “consommateurs des téléphones issus du coltan congolais”. Sur ce, Caritas Allemagne a produit des documents qui mettent en évidence que la vie des Allemands est directement liée à celle des enfants-soldats congolais. Avec des textes [et photos] produits par Caritas Goma, Caritas Allemagne les a traduits en allemand et a distribué des milliers d’exemplaires dans tout le pays.

Parmi les témoignages produits par Caritas Goma : un enfant-soldat qui vient d’arriver dans un CTO ; une ex-fille soldat qui raconte son histoire, ses soucis, ses espoirs ; un ex-enfant soldat rentré dans sa famille et bien réhabilité ; un encadreur social travaillant dans un CTO ; un membre du staff qui explique le processus DDR/Enfants. Ce qui a permis aux deux Caritas d’animer plusieurs conférences-débats dans quelques villes allemandes.

Une ministre néerlandaise à Rubaya

Liliane Ploumen, ministre néerlandaise du Commerce extérieur et de la Coopération au développement, s’est rendue le 11 novembre à Rubaya, à 60 km au nord-ouest de Goma, pour s’imprégner des conditions d’exploitation du coltan. Mais surtout du processus de traçabilité des minerais et d’observation des règles de “Diligence nécessaire” qui est appuyé par le gouvernement néerlandais à travers le programme iTSCi (PACT). Dans sa délégation, on a noté la présence de plusieurs représentants des multinationales de téléphonie mobile.

Cellule de Communication

One Comment

  1. MINENGO EMILE dit :

    La multiplication des massacres, viols, déportations des populations congolaises, recrutement permanent des enfants au sein des forces et groupes armés, dans le silence ou l’indifférence de la Communauté internationale.
    Faudra-t-il combien de victimes pour que la Communauté internationale s’en
    émeuve ? Combien de temps faudra-t-il attendre encore pour que «le cri du Congo soit enfin
    entendu » et que les larmes de ses filles et de ses fils sèchent ? c’est la quête des réponses à ces interrogations dont fourmille le mémoire des congolais qui justifie ma réflexion!

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