Living Peace : Mettre fin à la violence dans le foyer

Goma, le 7 juillet 2017 (caritasgoma.org) – Selon la Synergie des femmes contre les violences sexuelles (SFVS), une femme sur quatre à Goma, capitale du Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), a déjà été victime au moins une fois de violence de la part de son conjoint. Parmi ces hommes, certains expliquent qu’après coup, ils ont eu honte des gestes qu’ils ont commis. 

Pourquoi violentent-ils leurs femmes ? Quel est le profil de l’homme violent ? Comment tenter de prévenir ? Que peut-on faire pour lutter contre cette violence ? Tant de questions que la société ne cesse de se poser. A la base de ces violences, c’est la crise existentielle, affirme Florence Sifa, responsable du projet Living Peace à Caritas Goma, qui a paraphrasé la philosophe italienne Michela Marzanola. Une crise existentielle profonde qui les pousse à considérer les autres, et notamment les femmes, comme ‘’rien’’. Peut-être aussi parce qu’eux-mêmes n’arrivent pas à donner beaucoup de valeur à leur vie.

A Masisi, ce territoire du Nord-Kivu qui a subi les affres de la guerre voilà deux décennies, cette réalité est palpable. C’est parce qu’ils ont un jour assisté impuissamment au viol de leurs femmes, filles, fils, mères, que le besoin de prouver leur ‘’force physique’’, se manifesterait par des coups de points, affirment les hommes que nous avons interrogés. ‘’Ma femme a été violée un soir sous mes yeux quand nous fuyions les combats en 1996 à Masisi-centre, relate Jean*, père de sept enfants. J’étais ligoté, mes enfants criaient à mon secours et je ne pouvais rien faire…’’. Malgré les années passées, l’homme n’oublie pas le souvenir traumatisant. ‘’C’est depuis ce temps que je me sentais pousser à la battre, nous confie-t-il. En le faisant, je le sentiment d’être fort et de lui prouver alors que je peux la défendre face aux ennemis. Je sais que cela n’a peut-être pas de sens pour vous, mais cela me rassure que je suis capable de défendre ma famille en cas de danger’’.

Pour Pierre*, la femme ne doit pas parler quand un homme parle. ‘’J’ai épousé une femme qui n’est pas de mon ethnie, commence-t-il. Chez moi, la femme ne doit plus parler quand un homme a déjà décidé. Je ne supporte donc pas lorsqu’elle donne aussi son point de vue quand j’ai déjà décidé’’. Une règle à laquelle Marie* – la femme de Pierre – obtempère malgré elle, sinon, elle se verrait rouer des coups. ‘’Il arrive parfois que je sois très fatiguée la nuit. Mais mon mari n’arrive pas comprendre que je ne suis pas prête pour faire l’amour. Face à mon attitude, il me bat, puis me prend par force…’’, nous confie cette mère de 8 enfants et enceinte du neuvième.

De la paix dans les foyers à la paix dans le monde 

Pour lutter contre ces violences domestiques, Caritas Goma exécute un projet depuis juin 2016 dans plusieurs localités de Masisi. Grâce au financement de Living Peace Institute en collaboration avec Promundo, le projet met en évidence la relation entre l’homme et la femme dans le foyer dans la situation de paix relative, des conflits violents et d’autres paramètres. Living Peace utilise une approche spécifiquement locale pour s’attaquer à la racine des causes des violences basées sur le genre.

Tout en encourageant l’équité, la non-violence, les voies à la guérison pour les individus, le programme aide aussi les individus méfiants et violents à développer des stratégies positives pour reconstruire des relations de paix avec leurs communautés. Ici, une attention particulière est mise sur les communautés les plus affectées par un taux élevé des violences communautaires.

C’est donc à travers des sensibilisations faites auprès de ménages ciblés qu’une équipe de Caritas Goma travaille, discrètement en collaboration avec les  leaders locaux, les chefs des quartiers et le barza (la plate-forme intercommunautaire du Nord-Kivu) pour identifier, d’un côté, des hommes violents envers leurs femmes, et de l’autre, ceux qui sont violents avec certains membres de leurs communautés. Ainsi, plus de 495  ménages sont sensibilisés et suivent déjà des séances de formation sur la détraumatisation par groupe de treize hommes violents et de deux hommes intègres. Ces derniers sont ceux qui vivent en paix avec leurs femmes ou dans la communauté. Ces séances de détraumatisation passent par quatre phases. Se connaitre et connaitre les autres. Résoudre les problèmes et guérir les plaies. Intégrer de nouvelles idées et construire de nouvelles révélations. Enfin, se consolider dans la communauté.

Pendant les séances de formation, les participants apprennent à exprimer leurs idées, à extérioriser leurs problèmes et partager leurs expériences, ajoute la responsable du projet Living Peace à Caritas Goma. Ces partages offrent un changement qui doit être maintenu à travers le soutien et l’engagement de tout un chacun’’. ‘’J’ai déjà, se félicite Jean*, participé à plusieurs séances de Living Peace. Je ne ressens plus ce sentiment étrange de battre toujours ma femme. J’en ai même honte aujourd’hui…’’

(*) Nom d’emprunt

Cellule de Communication

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