“Made in Goma”, une exposition pour changer la vie des survivantes du viol

Goma, le 3 mars 2016 (caritasgoma.org) – C’est parce qu’elle a pour mission notamment d’assister les survivantes du viol dans la production artisanale et la commercialisation de leurs produits que Caritas Goma – une organisation basée dans l’Est de la RDC – a créé un stand dans son centre d’accueil pour une grande exposition dédiée à ces femmes.

Leur beauté donne envie de les toucher….

Leur beauté donne envie de les toucher….

Dès l’entrée, le visiteur sent que l’atmosphère est différente. Ce qui capte son attention : c’est la disposition de ce qu’il voit. Les objets [sacs fourre-tout, jouets, chapeaux, sous-tasses, plats à fruit, paillassons, tous confectionnés en fibres végétales ou à partir des sachets, mais aussi robes, pagnes tissés, chemises, tableaux transmettant des messages d’espoir…] sont étalés, accrochés, suspendus. En les admirant, le visiteur découvre les diverses facettes culturelles et artisanales du Nord-Kivu. Et leur beauté donne envie de les toucher….

“Cela présage une belle exposition”, commente l’abbé Emmanuel Kasole, gestionnaire du centre d’accueil de Caritas Goma. Selon lui, ce n’est pas seulement l’artisanat du Nord-Kivu. “C’est l’artisanat tout court”. L’abbé, qui pense que cette exposition est prolifique, affirme qu’elle permettra aux survivantes d’aller de l’avant.

En fait, les survivantes du viol accompagnées par Caritas Goma dans six “maisons d’écoute” [trois à Goma et trois autres à l’intérieur du Nord-Kivu] ont répondu présentes à l’exposition “Made in Goma”. Lancée ce 1er mars, l’entrée est libre. Le but est de mettre [durant tout le mois de la femme et au-delà, une façon de combattre ce fléau] un  coup de projecteurs sur les œuvres réalisées par ces femmes, dont certains tableaux sont fabriqués à partir de céréales (sorgho), de légumes (haricots) ou de fruits (maracuja) de la région. Et déclinés aux motifs et couleurs du Nord-Kivu. L’achat d’un objet servira donc à soulager la souffrance d’une survivante.

“Debout femme de Mugunga !”

IMG_1248

Soulignant le sort tragique de milliers de femmes du Nord-Kivu violées, privées des biens de première nécessité et contraintes d’abandonner leurs maisons après des années de guerres et de violences, Caritas Australie a financé la campagne “Debout femme de Mugunga”, menée par Caritas Goma. Le projet a assuré le soutien aux survivantes du viol à travers quatre volets : médical, psychosocial, socioéconomique, judiciaire.

Généralisée dans toutes les “maisons d’écoute” de Caritas Goma [Debout femme de Rubare, de Jomba…], “Debout femme de…” est passé, depuis deux ans, d’une approche “aide” à celle “d’autonomisation”. Il s’agit de l’approche ABCD : le développement basé sur les potentialités et les atouts d’une communauté. Celle-ci consiste à stimuler le développement mené par la communauté elle-même, où les participants communautaires [jadis appelés bénéficiaires] du projet agissent en agents de développement. Non plus aux “assistés”.  

Aujourd’hui, des survivantes du viol [et des personnes vivants avec le VIH/SIDA] ont appris, dans les différentes “maisons d’écoute” de Caritas Goma, l’artisanat, la vannerie, la broderie… pour subvenir à leurs besoins.

“Ces femmes travaillent en groupe solidaire, ce qui veut dire qu’elles courent les mêmes risques et profitent aussi de mêmes avantages, explique Joëlle Byangoy, responsable de la “maison d’écoute” de Ndosho, un quartier ouest de Goma. L’exposition d’œuvres d’artisanat va encore booster cette économie solidaire au féminin”.

Goma, capitale touristique de la RDC

Bâtie sur la rive nord du lac Kivu, au centre d’un superbe amphithéâtre dessiné par la chaîne des Virunga, dont deux volcans [Nyiragongo et Nyamuragira] sont en activité, la ville de Goma est la capitale du Nord-Kivu. Elle est établie autour du Mont Goma : un ancien volcan qui lui a donné son nom. La ville connait son lot de drames depuis 1994. L’élément déclencheur ? L’arrivée massive des réfugiés rwandais dans l’Est de la RDC après le génocide des Tutsi qui avait fait 1 million de morts au Rwanda. La ville va encore connaitre deux guerres du Congo entre 1996 et 2003. Et son occupation ou menace de l’occuper par les rebelles.

Frappée donc par cette crise humanitaire – héritage d’une histoire complexe et tourmentée depuis deux décennies – l’art et l’artisanat dans la ville servent de canaux pour revendiquer la paix dans les Grands Lacs.

Cellule de Communication

2 Comments

  1. Christian MUZINGWA dit :

    Nous devons encourager ces femmes à surmonter les problèmes économiques dont elles ont toujours été victime pendant de décennies.
    Cette nouvelle approche (approche ABCD) est un espoir pour non seulement les populations du Nord kivu mais plutot pour toute la nation en général.
    Débout femmes du Nord Kivu, débout femmes de la RDC, que vive l’approche ABCD, que vive la Caritas Australie et la Caritas Goma

  2. christophe LETAKAMBA dit :

    L’approche ABCD est bonne d’autant plus que celle-ci permettra à la victime à se relever, surtout à retrouver sa dignité, mais aussi sa place au sein de la société, à travers ces activités génératrices de revenus. Bravo !

Laisser un commentaire

Don à Caritas Goma