Quand l’Evêque ouvre une voie pour les malades insolvables

Goma, le 5 décembre 2014 (caritasgoma.org) – Des mères et leurs bébés pris en otage dans une maternité, des malades guéris donnant en gage quelque bien de valeur pour quitter l’hôpital, des travaux forcés pour les membres de la famille d’un patient guéri… La séquestration des nouveau-nés et des malades guéris pour insolvabilité est pratiquée dans quasiment toutes les structures sanitaires de la République démocratique du Congo (RDC).

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Les victimes de ces séquestrations qui rongent la société congolaise sont, pour la plupart, fonctionnaires de l’Etat, épouses de militaires ou de policiers, filles de la rue mises enceintes par des vagabonds… Ajouter à cette liste une particularité pour Goma, capitale du Nord-Kivu, dans l’est de la RDC : les déplacés de guerre.

Dans un pays où la pauvreté et la quasi-absence d’une assurance-maladie sont à la base des séquestrations sur les laissés-pour-compte des gouvernants, les fonctionnaires, estimant que l’hôpital général provincial est leur “hôpital” [de l’Etat], ils ne voient pas pourquoi ils devraient payer. “Je veux bien payer mes factures. Mais l’Etat qui m’emploie me paye combien ?”, fustige une femme, les yeux pleins de larmes, contemplant son bébé. La femme et son bébé de trois mois ne savent pas combien de temps leur reste encore dans cette “maternité-prison”…

Par ailleurs, les femmes de militaires ou de policiers, avec leurs nouveau-nés dans les bras, ont souvent leur chance dans un geste humanitaire : un appel lancé à la radio pour qu’un homme de bonne volonté paie les factures. Les déplacés de guerre n’ont pas d’autre choix que de travailler [ou un membre de la famille] pour l’hôpital. Combien sont-ils encore gardés dans les “hôpitaux-prisons” de la région ? Nul ne le sait avec précision.

Un début de solution

Pour pallier la quasi-absence d’une assurance-maladie, Mgr Théophile Kaboy a mis en place, au début de 2014, la Mutuelle de santé Saint Raphaël (MUSSRA). Car pour l’Evêque de Goma, “La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avait qu’un seul cœur… Nul parmi eux n’était indigent”, s’est-il référé à la Bible. La MUSSRA est basée sur les principes de prévoyance, de solidarité et d’entraide entre ses membres. La finalité est de permettre à toute personne âgée de 18 ans et plus, sans aucune discrimination, résidant sur le territoire du diocèse de Goma, d’avoir accès aux soins de santé, selon la cotisation individuelle.

La cotisation annuelle par personne est fixée à 25 dollars (dont un dollar pour la carte de membre). Elle est payée intégralement par anticipation (ou successivement en trois tranches) avant d’avoir accès aux soins. Et la prise en charge intervient trois mois après la date du paiement de la totalité de cotisation (période d’observation).

La couverture médicale porte sur : consultations, examens de labo et médicaments génériques, échographie, accouchement, chirurgie moyenne, hospitalisation, anémie sévère, paludisme grave, infections respiratoires aigües, fièvre typhoïde compliquée, complications de grossesse, kystes et fibromes ou hernie et péritonite. La MUSSRA prend en charge ces factures. Exclues celles dues à l’état d’ivresse ou aux coups et blessures volontaires.

En effet, l’adhérant participe à hauteur de 10% pour ses soins. Les 90% sont assurés par la MUSSRA. L’adhérant se fait soigner au premier échelon dans un centre de santé de son choix. Alors qu’au deuxième échelon, c’est la MUSSRA qui lui donne un billet de transfert pour se faire soigner dans un hôpital général de référence.

Pour Mgr Kaboy, une mutuelle de santé a plusieurs avantages en RDC. Avec sa carte de membre, “un malade ne traine plus à se faire soigner par manque de moyens financiers”, ajoute-t-il. Une mutuelle de santé est également une sous-traitance du dossier des soins médicaux des travailleurs auprès des entrepreneurs.

La MUSSRA est un début de solution à l’épineux problème de malades insolvables qui ruinent les hôpitaux, admet Dr Michel Paluku, médecin directeur de l’hôpital général de Minova (à 50 km de Goma), administré par le Bureau diocésain des œuvres médicales (BDOM) de Caritas Goma. Mais ce système ne profite pas seulement à nos structures sanitaires. Les membres de la MUSSRA – bénéficiaires de nos services – sont surtout sauvés du danger de l’automédication et du recours aux tradipraticiens”, se félicite-t-il.

Sensibiliser pour plus d’adhésions

Dans un pays où les hôpitaux sont presque condamnés à toujours soigner des personnes sans ressource, “votre carte de membre vous donne droit aux soins quand vous vous présentez dans un centre de santé” est le principal message de la sensibilisation. Un message qui vise l’auto prise en charge de la population par elle-même.

Des milliers de personnes ont déjà adhéré à la MUSSRA dans le territoire du diocèse de Goma sur une population estimée à plus de 3 millions d’habitants. Situé au nord-ouest du lac Kivu, le diocèse de Goma est frontalier avec le Rwanda et l’Ouganda. Avec ses 25.000 km², il comprend les territoires de Masisi, de Nyiragongo, de Rutshuru et de Walikale au Nord-Kivu ainsi que le nord du territoire de Kalehe, au Sud-Kivu.

“J’ai beaucoup de cas de maladies dans ma famille. Mais avec la MUSSRA, les malades et le personnel de santé en sortent gagnants”, déclare Christine Bahati, membre de la MUSSRA, soignée dans un hôpital de Goma.

Cellule de Communication

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