Quid de l’origine du sida : le virus aurait émergé à Kinshasa

Goma, le 24 novembre 2014 (caritasgoma.org) – Selon une étude publiée en octobre 2014 dans la revue américaine Science, la pandémie du sida a débuté autour des années 1920 à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

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Les virologues ont reconstitué l’histoire génétique du rétrovirus VIH, responsable du sida, se concentrant sur la souche du groupe M, la plus fréquente. Et les résultats de leurs travaux montrent que l’ancêtre commun du VIH est “très probablement” apparu à Kinshasa, avant de se propager dans le monde en pleine mutation. La souche à l’origine de la pandémie avait pour hôtes des singes vivants dans le sud-est du Cameroun.

Pour les chercheurs, ce rétrovirus VIH (le virus de l’immunodéficience humaine) a été transmis, à treize reprises, des singes à l’homme. Mais une seule de ces transmissions est responsable de la pandémie humaine.

Ces virologues des universités d’Oxford (Grande-Bretagne) et de Louvain (Belgique) laissent penser qu’une combinaison de facteurs (l’urbanisation, le développement du chemin de fer, celui de la voie fluviale et le commerce du sexe) a favorisé l’émergence et la propagation du sida à partir de Kinshasa. L’une des villes les mieux desservies de l’Afrique centrale, Kinshasa a servi de plaque tournante. “Les informations des archives coloniales indiquent qu’à la fin des années 40, plus d’un million de personnes transitaient par Kinshasa par le train chaque jour”, a développé Nuno Farai, de l’Université d’Oxford et co-auteur de l’étude.

Le VIH s’est alors propagé entre 1930 et 1950 dans d’autres villes de la RDC : Mbuji-Mayi (dans le sud) et Lubumbashi (dans le sud-est), par la voie ferrée et Bwamanda (dans le nord) et Kisangani (dans le nord-est), par la voie fluviale. Ces foyers ont disposé de bons réseaux de communication avec l’Afrique australe et de l’Est. C’est après 1960 que l’augmentation de la prostitution et les seringues que se partageaient les toxicomanes ont contribué à transformer les foyers d’infection à une pandémie humaine.

“Les changements dans la société qui se sont produits après l’indépendance de la RDC en 1960 ont fait que le virus a pu s’échapper de petits foyers de personnes séropositives pour infecter des populations plus étendues, avant de se propager dans le monde” à la fin des années 1970, affirment les résultats de cette étude.

“Pour la première fois, nous avons analysé toutes les données génétiques disponibles en recourant aux dernières techniques phytogéographiques pour estimer statistiquement l’origine du sida. (…) Nous pouvons ainsi dire avec un degré élevé de certitude d’où et quand la pandémie est partie”, a expliqué Olivier Pybus, l’un des principaux auteurs de l’étude sur le virus qui, à ce jour, a infecté 75 millions de personnes et en a tué 36 millions.

Dans les coulisses du VIH

En 1978, de nombreux Américains à New York et à Los Angeles sont atteints d’une pathologie inconnue. Les symptômes sont tous identiques : amaigrissement, fièvre, pneumonie et sarcome. Trois ans plus tard, les chercheurs américains décrivent les premiers cas du sida. Mais on ne parlait pas encore de “syndrome d’immunodéficience acquise” pour décrire le nouveau syndrome inexpliqué. Mais plutôt de “gay syndrome”, car il fut initialement identifié chez des homosexuels. Avec l’apparition en France des cas similaires en 1982, les chercheurs français se mobilisent. En mai 1983, ces derniers publient la découverte du virus responsable du sida dans la revue américaine Science. Forts de cette découverte, ces chercheurs français de l’Institut Pasteur dirigés par Luc Montagnier établissent une collaboration avec les chercheurs américains du National Cancer Institute dirigé par Robert Gallo. Une année après, le secrétaire américain de la Santé annonce la découverte du virus responsable du sida par Robert Gallo. Selon lui, les chercheurs américains auraient découvert le virus du sida avant les chercheurs français. S’ensuit alors une bataille juridique qui se terminera en faveur des chercheurs français. En 1986, la communauté scientifique décide de nommer ce virus VIH, pour virus de l’immunodéficience.

De Léopoldville à Kinshasa

Situé sur la rive sud du fleuve Congo, Kinshasa fait face à Brazzaville, capitale du Congo. Par sa superficie (9.965 km²) et sa population (10 millions d’habitants), Kinshasa – qui a à la fois le statut administratif de ville et de province – est l’une des plus grandes villes du monde. La ville s’appelait, entre 1881 et 1966, Léopoldville (du nom du roi Léopold II, “propriétaire” du Congo-Belge.

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